Doit-on créer un « service public du shoot » ? (Ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine)

Publiée dans le JO Sénat du 13/12/2012 – page 2876

M. Pierre Charon attire l’attention de Mme la ministre des affaires sociales et de la santé sur les problèmes que pose le projet de création de « salles de shoot ».
Outre le doute quant à la pertinence de ce choix en termes de priorité devant les innombrables difficultés que rencontrent les Français, il souhaite en particulier l’alerter des résultats dramatiques que rencontrent des expériences similaires à l’étranger.
En Australie, où la première salle de shoot a été ouverte en 2001 à Sydney, l’association Drug Free Australia a démontré en 2006 que le risque était trente-six fois plus important d’avoir une overdose dans la salle que dans le quartier alentour. Cette sur-mortalité serait due à la « sécurité » que constitue la présence de personnel médical, vécue par les toxicomanes comme une assurance contre les risques d’expérimenter des dosages plus forts d’héroïne.
Par ailleurs, tous les pays ayant expérimenté de tels dispositifs constatent que les salles attirent les dealers à leurs portes. Joséphine Baxter, la vice-présidente de la Fédération mondiale contre les drogues, considère que ces endroits créent un effet « pot de miel », où les dealers se regroupent pour vendre leur drogue aux acheteurs qui entrent ensuite dans la salle d’injection.
Dès lors, devant l’échec général de ces structures tant sur plan médical que social et urbain, il se pose la question de savoir si la mission de l’État est bien de créer ce « service public du shoot ».

Réponse du Ministère des affaires sociales et de la santé

Publiée dans le JO Sénat du 31/01/2013 – page 332

Les salles de consommation à moindre risque sont des espaces encadrés par des professionnels (personnel médical et infirmier, travailleurs sociaux) qui visent à lutter contre les risques infectieux liés à l’usage de drogues et à favoriser le contact entre les usagers et les professionnels de santé pour les aider à réduire progressivement leur consommation de drogues. Il faut rappeler qu’il existe aujourd’hui environ 81 000 usagers actifs (usage régulier) de drogues par voie intraveineuse, avec environ 100 décès par overdose par an. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale a publié en 2010 une expertise collective apportant une synthèse des résultats obtenus à la suite de la mise en place de salles de consommation dans 8 pays étrangers. 92 salles de consommation à moindre risque étaient opérationnelles principalement aux Pays-Bas (45 salles), en Allemagne (25 salles), en Suisse (12 salles) et en Espagne (6 salles). Les données disponibles indiquent que les salles de consommation à moindre risque apportent aux usagers qui les fréquentent des injections qui se déroulent dans des conditions hygiéniques, la possibilité de recevoir des conseils et des instructions spécifiques, une diminution des comportements à risque et une réelle prévention d’overdoses mortelles. Il faut également souligner qu’il a été mis en évidence la réduction de l’usage de drogues en public et des nuisances associées, ce qui bénéficie à l’ensemble des concitoyens. Pour toutes ces raisons, des réflexions sont en cours pour étudier la possibilité d’expérimenter les salles de consommation à moindre risque en France. Plusieurs villes se sont portées volontaires. Les associations de patients et les professionnels de santé soutiennent cette démarche. La question juridique sera par ailleurs examinée dans le cadre de cette expérimentation. Ces salles de consommation à moindre risque constituent l’un des volets possibles d’une politique de réduction des risques. Celle-ci passe aussi par la prévention, par des prises en charge de qualité et par un accompagnement médical et social de la personne.