Le plan de Nicolas Sarkozy est prêt

L’ancien chef de l’État a prévu de se déclarer après la conférence de presse de François Hollande. Sa stratégie encore secrète ne fait déjà pas l’unanimité.

Tout est prêt. Le plan de bataille est arrêté. Ou plutôt une gigantesque opération de communication. En effet, en se déclarant officiellement candidat à la présidence de l’UMP, Nicolas Sarkozy est convaincu qu’il n’y aura pas de match tant ses challengers Bruno Le Maire et Hervé Mariton ne font pas le poids. L’ancien chef de l’État a prévu de se déclarer après la grande conférence de presse du locataire de l’Élysée calée le 18 septembre. Histoire de prouver que l’opposant numéro un à François Hollande, c’est lui. « Nicolas Sarkozy a pris sa décision, le voilà en train de fixer les modalités de son retour », explique l’un de ses soutiens qui l’a rencontré dans sa permanence de la rue de Miromesnil. Depuis le 1er septembre, il reçoit beaucoup. La semaine dernière, il a vu entre autres Christian Estrosi, Guillaume Peltier ou Camille Pascal. Cette semaine, Geoffroy Didier, Pierre Charon, Nadine Morano et bien d’autres encore. Passionné de cinéma, Nicolas Sarkozy prend un plaisir fou à écrire le scénario du film de son retour en politique dans lequel il est le personnage central. Avec un objectif : la présidentielle de 2017.

Les sarkozystes entre inquiétude et excitation

En privé, quelques sarkozystes s’inquiètent que leur champion élabore sa stratégie de façon un peu trop secrète et sans grande collégialité. « Cela donne une impression d’impréparation qui nous rappelle l’amateurisme et les dérives de la campagne présidentielle de 2012 », s’alarme l’un d’eux.

Le calendrier s’est accéléré la semaine dernière. Tout début septembre, Nicolas Sarkozy était encore muré dans le silence. Au point que les plus fidèles sarkozystes se mettaient à douter du retour de leur chef. Même son ami de toujours, le député européen Brice Hortefeux, s’étonnait que Nicolas Sarkozy reste flou malgré leurs incessants échanges téléphoniques cet été. Mais le doute n’est plus permisAprès de longues tergiversations, le retraité le plus actif de France, âgé de 59 ans, a décidé de reprendre du service pour « sauver l’UMP et la France ». « Il a une idée très précise de la révolution des idées qu’il veut engager », convient un député UMP. Et surtout une ambition : refaire de l’UMP en miettes une véritable force politique en vue de la présidentielle de 2017. Avec quel projet ? Suspense. « Je ne sais pas ce que proposera Sarkozy. Mais il remettra à l’UMP ou au sein d’un nouveau parti rebaptisé une véritable démocratie interne », veut croire le maire de Nice Christian Estrosi, furieux d’avoir été mis à l’écart des instances dirigeantes après la guerre sanglante entre Jean-François Copé et François Fillon. « Je plaide pour une droite des valeurs. Je me rangerai derrière Nicolas Sarkozy en vue de peser sur le projet du parti », explique pour sa part Laurent Wauquiez, qui milite pour l’abrogation du mariage gay et la lutte contre les dérives de l’assistanat. L’actuel secrétaire général de l’UMP Luc Chatel, la conseillère de Paris Nathalie Kosciusko-Morizet, le député-maire de Meaux Jean-François Copé, le député-maire du Touquet Daniel Fasquelle, le député-maire de Tourcoing Gérald Darmanin, les leaders de la Droite forte Geoffroy Didier et Guillaume Peltier comptent parmi ses soutiens.

« Il n’y aura pas de match »

Nicolas Sarkozy devrait se déplacer dans plusieurs villes de France pour tenir quelques meetings et se faire ovationner par les militants. Ses jeunes soutiens ont d’ores et déjà plusieurs centaines de parrainages d’adhérents sur les 2 681 requis pour le 30 septembre. Pas question cependant de se prêter au jeu d’un grand débat télévisé comme l’avaient fait Copé et Fillon sur France 2 à l’automne 2012. « Comme Sarkozy est candidat, il n’y a plus de match », juge un ex-ministre. Cette candidature lui rappellera de bons souvenirs : le 28 novembre 2004, celui qui était alors ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac s’emparait du parti avec 85,09 % des voix. D’ailleurs, un proche de Fillon avertit : « Si Sarkozy fait moins de 80 % face à Le Maire et Mariton, ce sera une défaite pour lui. » Mais la situation s’annonce plus difficile : plus riche parti de France en 2004, l’UMP est aujourd’hui un parti en sursis avec 74,5 millions d’euros de dettes. Et ses ennuis judiciaires – les affaires des sondages de l’Élysée et Bygmalion – le mettront sous pression.

« Je suis Forrest Gump »

Deux ans après sa défaite à la présidentielle, Nicolas Sarkozy n’est donc pas parvenu à se guérir du virus de la politique. Pendant deux ans, l’ancien chef de l’État a parcouru la planète pour donner des conférences, il a mené une « dolce vita », profitant de sa femme Carla et de sa fille Giulia. Mais il a toujours refusé de créer son propre fonds d’investissement alors que les offres ne manquent pas. Pourquoi ? Pour ne pas se fermer la porte d’un retour en politique, pardi ! La petite voix qui le pousse à courir ne s’est pas éteinte. « Je suis Forrest Gump. Il y a une petite voix en moi qui me répète sans cesse : Cours, cours, Forrest ! » expliquait-il un jour à Franz-Olivier Giesbert* pour justifier sa détermination à se poser en candidat à la succession de Jacques Chirac pour la présidentielle de 2007. La petite voix ne s’éteindra jamais. Et certains de ses proches, tels que son ancien conseiller à l’Élysée Henri Guaino, s’en inquiètent : « Si Sarkozy revient, ce sera pour des raisons psychologiques : il a juste envie d’en découdre face à Hollande. »

* La Tragédie du président, Franz-Olivier Giesbert, Flammarion, 2006.

Source : http://www.lepoint.fr/politique/le-plan-de-nicolas-sarkozy-est-pret-09-09-2014-1861504_20.php