Projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme

Le texte qui nous est soumis cet après-midi devrait nous inciter à dépasser largement les clivages et les polémiques partisanes pour nous concentrer sur la seule cause qui vaille : la sécurité de Français face au terrorisme.

Pour faire face au terrorisme, nous ne pouvons rester cantonnés à une approche franco-française et nous perdre dans des débats dilatoires quant à la défense des libertés publiques.

Tant à Paris qu’à l’étranger, la France doit faire face au même ennemi, au même fanatisme et au même extrémisme de la part de groupes criminels, organisés, dont les ressources financières ridiculisent nos budgets nationaux.

N’ayons pas peur des mots : Ce qu’on appelle la République islamique dispose a minima de 420 millions de dollars issus des banques irakiennes et jouit des revenus du pétrole. 120 000 barils sont vendus chaque jour. L’Etat islamique en Irak et au Levant dispose d’un trésor de guerre estimé à 1 milliard de dollars, qui permet aisément de recruter des mercenaires venus d’Afrique et d’Orient.

Alors, que faire lorsque des milliers de Français s’engagent dans un combat mené par des prophètes auto-proclamés au nom d’une religion détournée, dévoyée et bafouée ?

Que faire quand certains de nos concitoyens trahissent les principes fondateurs de notre République au point qu’ils se rendent en Algérie, en Syrie, en Irak, en Belgique, pour aller assassiner des innocents ?

Que faire, enfin, quand ces Français rentrent tranquillement – c’est peu dire – après avoir fait leurs classes dans des camps d’entraînement au Yémen, en Afghanistan ou au Pakistan ?

De retour en France, ces élèves aguerris guettent le moment propice pour appliquer les enseignements d’une barbarie inouïe et d’une technicité de combat digne d’une armée professionnelle… Nous n’avons plus seulement de réseaux dormants, mais bien des bombes à retardement.

Mes chers collègues, avons-nous compris que nous sommes dans une situation de guerre ? Et que face à une guerre totale, nous avons – hélas – encore une guerre de retard.

Cette guerre, nous devons l’appréhender selon une double lecture :

1) La première consiste dans la prise en compte de bouleversements dans le monde arabe qui dépassent le seul Moyen-Orient. Aujourd’hui il n’est plus question de lutte éternelle entre les Sunnites et les Chiites. Nous n’assistons plus seulement au développement, ici et là, de tensions régionales, mais à un phénomène d’agrégation par lequel le terrorisme se propage dans différents pays, récupérant astucieusement des conflits locaux. À sa manière, il constitue une guerre mondiale, où tous les fronts sont liés, connectés, quand bien même ils seraient éloignés.

L’Afrique est gagnée par ce terrorisme, tout comme l’Asie ; depuis 2003, les pakistanais sont victimes d’attentats ; l’Irak subit le terrorisme ; l’Indonésie éprouve la violence de milices islamistes.

Ce phénomène s’accentue avec la déliquescence des Etats et la porosité des frontières.

Aujourd’hui, au Nigéria, Boko Aram commet les mêmes exactions que les tribus islamiques au Sinaï ou que ceux qui sévissent en Mésopotamie: instauration de zones de non-droit, trafics d’êtres humains et de drogue, camps de torture.

Ayant compris les enjeux de la médiatisation, fort d’une communication bien rodée, ces fous séduisent des esprits faibles.

2) Comment ces groupuscules ont-ils réussi à attirer des jeunes hommes, des jeunes femmes et même des familles ? Comment, au pays des Lumières, sommes-nous passés à un tel niveau d’obscurantisme ?

On savait que certaines mosquées étaient sous influence salafiste, mais aujourd’hui, elles ne sont pas à l’origine de cette radicalisation. Elles sont même dépassées. Elles sont d’ailleurs les victimes de cet individualisme que le terrorisme sait justement utiliser.

En réalité, cette radicalisation de masse se fait par Internet. Les réseaux ont profité de nos échecs en matière d’intégration. C’est même un accélérateur de désintégration. Ils ont supplanté ce vaste réseau affectif réel qu’est la Nation. À l’imaginaire national, Internet a remplacé des imaginaires de substitution qui respirent la haine et la destruction.

Pourtant ce texte présente des avancées :

– blocage de sites Internet ;

– création d’une nouvelle incrimination : « entreprise individuelle terroriste ».

Pour autant, Monsieur le Ministre, vous êtes le ministre de l’Intérieur. Cet intérieur Français est aujourd’hui malade d’un manque de cohésion nationale au sein de notre société. Les réponses dépassent largement le périmètre de votre ministère. Aussi, je vous souhaite d’être soutenu dans cette tâche par vos collègues de la Justice et de l’Education nationale.

Enfin, je nous souhaite à tous d’être lucides pour protéger les Français et surtout pour nous donner les moyens à la hauteur de cette guerre contre le terrorisme.