Nicolas Sarkozy savoure la victoire de la droite

Source : Le Monde | 23.03.2015 à 10h00 • Mis à jour le 23.03.2015 à 10h01 | Par Alexandre Lemarié

Rien ne s’était passé comme prévu. Un retour en demi-teinte ne suscitant pas la dynamique espérée, une élection à la tête de l’UMP moins triomphale que prévu, une autorité remise en cause au sein de son propre parti… les obstacles se sont multipliés sur la route de Nicolas Sarkozy. Au point que beaucoup doutaient de sa capacité à rebondir. Mais six mois après être redescendu dans l’arène, l’ancien chef de l’Etat tient sa revanche : son camp a enregistré une nette victoire au premier tour des élections départementales, dimanche 22 mars. Pour son premier rendez-vous électoral depuis son retour, l’UMP – alliée à l’UDI et parfois au MoDem – est arrivée largement en tête de ce scrutin, devançant de loin le Front national, ainsi que le PS et ses alliés.
M. Sarkozy a donc gagné son duel avec Marine Le Pen. Celui qui s’inquiétait avant le premier tour que la présidente du FN se soit installée dans « un monopole de l’opposition à François Hollande » s’était fixé un objectif : empêcher le FN d’incarner l’alternance au pouvoir. Mission accomplie : le parti d’extrême droite ne peut plus revendiquer le titre de « premier parti de France », comme lors des élections européennes en mai 2014. Malgré la poussée du parti frontiste, la droite se réjouit d’apparaître de nouveau comme la première force d’opposition. « C’est nous qui incarnons l’alternance », se félicite Gérald Darmanin, secrétaire général adjoint de l’UMP chargé des élections. « Nous n’avons pas été submergés par la vague FN comme certains le prédisaient », souligne le protégé de M. Sarkozy, en référence aux nombreux sondages qui avaient donné le bloc UMP-UDI derrière le parti lepéniste.
« L’alternance est en marche. Rien ne l’arrêtera »
L’ex-président de la République n’a pas manqué de présenter cette victoire à des élections locales comme la préfiguration d’une victoire de son camp en 2017. « L’alternance est en marche. Rien ne l’arrêtera, a-t-il lancé dimanche soir, lors de son intervention au siège parisien de l’UMP. Ce premier tour montre la profonde aspiration des Français à un changement clair qui commence par les départements. » Son objectif d’en reprendre au moins une vingtaine à la gauche semble largement atteignable, car la gauche divisée est en passe de perdre une trentaine de ses conseils départementaux. Le bloc UMP-UDI se trouve en position de force dans plusieurs territoires comme l’Isère, la Saône-et-Loire, le Nord, l’Essonne ou la Seine-et-Marne.
« Victoire collective »
Appelant les Français à « se mobiliser » pour transformer l’essai lors du second tour, M. Sarkozy est convaincu que le bon score du premier tour conforte la stratégie qu’il a mise en place en place depuis son arrivée à la tête de l’UMP. « Je continuerai à faire de l’unité et du rassemblement de notre famille politique ma priorité », a-t-il promis, car, selon lui, « cette unité est la condition préalable pour incarner, aux yeux des Français, l’alternative républicaine qu’ils attendent avec impatience ».
Pour ses soutiens, pas de doute : cette performance de l’UMP doit être mise à son crédit et ne peut que le renforcer dans la perspective de la primaire à droite pour la présidentielle. « C’est une formidable victoire pour Nicolas Sarkozy, car il a réussi à rassembler le parti et à le mettre en ordre de marche pour cette élection », s’emballe le sénateur Pierre Charon. « C’est incontestablement une victoire pour lui, car c’est la première étape de la reconstruction qu’il porte », renchérit le secrétaire général de l’UMP, Laurent Wauquiez, quand Brice Hortefeux y voit « un encouragement pour l’UMP et pour l’action qui est menée autour de Nicolas Sarkozy ».

Un sentiment contesté par les rivaux de l’ancien chef de l’Etat pour la primaire. Alain Juppé, à qui l’on demandait si son rival a réalisé « une belle campagne », a rétorqué : « Il n’a pas été le seul… Nous avons été nombreux. » « C’est une victoire collective », a souligné Bruno Le Maire, en estimant qu’il ne fallait « pas personnaliser cette campagne » car « tous les responsables UMP ont pris leur part à la victoire ». Quant à François Fillon, il a noté que la « percée significative » de l’opposition était essentiellement due à la « déroute » de la majorité. « C’est avant tout une victoire mécanique, due à l’effondrement de la gauche et à la forte poussée du FN, et pas uniquement à Sarkozy », tranche un autre responsable de l’UMP souhaitant rester anonyme.
« Bulletin républicain »
Les sarkozystes veulent y voir une validation de la ligne « à droite toute » de l’ancien chef de l’Etat, qui n’a pas hésité à investir des thèmes chers à l’extrême droite pendant la campagne (immigration, islam, sécurité) pour tenter de séduire les électeurs frontistes. Dimanche, il leur a d’ailleurs de nouveau tendu la main, en affirmant « entendre leur exaspération ». « Le choix de Nicolas Sarkozy de ne pas se compromettre avec le FN tout en ayant des propositions fortes a payé », estime M. Wauquiez. Une pique en direction d’Alain Juppé, qui a multiplié les mises en garde contre la « droitisation » de son parti pendant la campagne.
« Il apparaît très clairement que la seule force d’alternance crédible aujourd’hui, c’est précisément notre alliance, ce rassemblement de la droite et du centre »
Le maire de Bordeaux soutient à l’inverse que ce résultat reflète la pertinence de sa stratégie d’union avec le centre. « Il apparaît très clairement que la seule force d’alternance crédible aujourd’hui, c’est précisément notre alliance, ce rassemblement de la droite et du centre », a affirmé ce partisan d’une alliance allant jusqu’au MoDem pour 2017.
Si M. Sarkozy peut se prévaloir du bon score de son camp, reste à surmonter les divisions entre son parti et son partenaire centriste autour de l’attitude à adopter vis-à-vis du FN. Alors qu’il a réaffirmé que son parti ne nouera « aucun accord local ou national » avec celui d’extrême droite et réitéré la ligne du « ni-ni » pour les duels PS-FN au second tour, le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a appelé de son côté à « faire barrage à l’extrême droite » avec un « bulletin républicain ». Que décidera un binôme composé d’un candidat UMP et UDI en cas de second tour PS-FN ou de triangulaire ? Vaste casse-tête en perspective. Pour déterminer la stratégie électorale pour le second tour, Nicolas Sarkozy devait réunir ses troupes, lundi à 17 heures lors d’un bureau politique.